Au sein d’une petite équipe, il est souvent très pratique de pouvoir échanger des ressources voire des projets entiers. La plupart du temps, on procède par copie sur un support amovible, ou via le réseau. Cela suffit si les échanges sont occasionnels, mais on se retrouve rapidement avec différents problèmes : du stockage perdu avec des médias en double, un suivi des versions des fichiers et des projets ardu, et j’en passe.

L’idéal est donc de pouvoir disposer d’un stockage partagé. Et même si l’on ne travaille pas « réellement » à plusieurs sur un même projet au même moment, il peut être judicieux de partager à minima les ressources ré-utilisables (éléments d’habillage, logos, police de caractères, musique de stock, bruitages, etc.).

Alors dans le cadre de la post-production audiovisuelle, qu’entend-on par stockage vidéo ? Il s’agit d’un stockage répondant à 2 critères essentiels :

GRANDE CAPACITÉ

Tous les médias importés depuis vos cartes-mémoires, enregistreurs autonomes, voire bandes magnétiques (bien qu’en voie de disparition…) y sont enregistrés lors des importations. Et suivant votre méthode de travail, vous y stockerez également les proxies, les rendus, les exports, etc. D’où un volume total qui augmente très vite.

TRÈS RAPIDE

Le transfert des données entre le stockage et votre logiciel de montage (donc votre ordinateur) doit être rapide, très rapide. Prenons l’exemple d’une captation multi-caméras : le débit doit être capable de supporter simultanément les 4 flux issus des 4 caméras, vous permettant de visionner en temps réel les 4 angles.

NB : mon expérience et mes habitudes de travail étant majoritairement basés sur le système Mac OS X, l’article s’en tiendra aux généralités sur le partage de fichiers, et aux spécificités de Final Cut X et le l’environnement Apple. Vous trouverez néanmoins ci-dessous quelques informations et liens pour les utilisateurs d’Adobe Premiere et d’Avid Media Composer.

Icone de Final Cut X

Final Cut X

Un élément importante à prendre en considération : souhaitez-vous partager les « bibliothèques » ou uniquement les « médias » ?

Pour stocker les bibliothèques sur un volume partagé, il faut soit que celui-ci soit compatible Xsan (la version Apple du SAN), soit utiliser le protocole NFS (Network File System) pour communiquer avec le stockage en réseau.

Certains NAS supportent le protocole NFS, et il existe le logiciel NFS Manager de Marcel Bresink si vous souhaitez partager le stockage d’un Mac.

Icone d'Adobe Premiere

Premiere CC

Adobe étant un fournisseur de solutions logicielles, ses outils sont compatibles avec la majeure partie des solutions de stockage partagé.

Pour le travail collaboratif, l’accent est mis sur la solution Adobe Anywhere (intégrée directement aux applications compatibles de la suite, telle Premiere) qui permet par exemple aux monteurs d’accéder, lire (en streaming) et éditer des médias stockés à distance, sur le réseau local ou via internet, le tout en transitant par les infrastructures réseaux classiques.

Icone d'Avid Media Composer

Media Composer

Les systèmes de stockage partagé ISIS sont la réponse d’Avid aux problématiques de travail collaboratif quelle que soit la taille des groupes de travail. Ces solutions ont bonne réputation, mais pour un coût de déploiement important. Plus d’informations sur le site officiel d’Avid…

Alors quel type de stockage vidéo déployer pour votre équipe ?
Tout d’abord, rappelons-nous d’où nous venons…

LOCAL

C’est via du stockage local que la grande majorité des indépendants, petites structures et établissements publics gère leurs médias en cours de production. On entend par « local » les disques durs à l’intérieur des stations (1) comme les disques externes amovibles (2) et les moins mobiles tours RAID (3), connectées le plus souvent en Firewire, eSata, Mini-SAS ou Thunderbolt.

Quelques exemples de solutions en RAID sécurisé (le plus souvent 5 ou 6) utilisées en post-production audiovisuelle :

Shéma explicatif du stockage vidéo en local

Les bonnes performances des tours de stockage RAID sont liées au contrôleur matériel qu’elles intégrent. Privilégiez donc les tours RAID embarquant directement un contrôleur physique plutôt que les tours de disques « seuls », qui se reposent alors sur la gestion RAID logicielle intégrée au système d’exploitation, moins performante (vous pouvez également recourir à des cartes PCi intégrant ces contrôleurs, comme celles d’Atto, ou de HighPoint).

Si vous travaillez seul, et sur un nombre limité de projets simultanés, cette solution de stockage local offre le meilleur rapport performance/prix.

Mais quelles solutions pour travailler en petite équipe,
sur des projets ou des ressources communes ?

Vous pouvez également connecter directement les 2 Mac en Ethernet ; les machines intègrent depuis plusieurs années des ports en gigabit, d’où des vitesses suffisantes pour travailler en HD compressée. En revanche, oubliez l’agrégation des ports (càd combiner 2 ports en 1 port « virtuel » au débit doublé), qui posent sous OS X de nombreux problèmes de stabilité.

Partage réseau

La première (et la moins coûteuse) des solutions à essayer est le partage réseau !
Activez-le sur la station principale à laquelle est connecté votre stockage local, et toutes vos autres stations sur le réseau auront accès au volume partagé. Pour ne pas être trop pénalisé en terme de débit, privilégiez un réseau en gigabit ethernet (voire 10 Gbits), ce qui implique des câbles RJ45 et un switch à ces normes. Si votre station principale a plusieurs ports Ethernet (ou si vous avez des adaptateurs USB3-Ethernet), attribuez une adresse IP différente pour chacun de ces ports et répartissez les connexions des stations « clientes ».

Seulement quelques Macs (récents) à relier ? Dans ce cas, vous pouvez les connecter directement en Thunderbolt, et profiter du pont Ethernet à 10 Gbits ainsi créé. ( Lire l’article   très détaillé, et en anglais, de Iljitsch van Beijnum chez Ars Technica)

NAS

De l’anglais Network Attached Storage, le NAS est un serveur de stockage en réseau, dont la principale fonction est le stockage de données. Il s’agit le plus souvent d’un boitier (en tour ou en rack) contenant à la fois le serveur (système d’exploitation souvent basé sur Linux) et le stockage, le tout administrable depuis un navigateur web.

Comme pour le partage réseau, les fichiers sont accessibles via les protocole SMB (samba) ou AFP (Apple File Protocol), et plus récemment iSCSI ou NFS.

Ces équipements, connectés en Ethernet Gigabit, permettent de travailler avec des fichiers en 1920×1080 dans des codecs peu compressés utilisés en post-production.

Explication du NAS

Final Cut X n’est pas adapté (à ce jour) pour fonctionner avec les NAS, il n’est donc pas conseillé d’essayer d’y stocker ses bibliothèques, car les tâches de gestion de celles-ci et de leurs médias ne fonctionneront pas. Celà est dû aux protocoles réseaux AFP ou SMB qui sont le plus souvent utilisés entre votre Mac et le NAS.

Schéma explicatif du SAN

Le fonctionnement de Final Cut X,  qui fait appel en permanence à de petits fichiers (base de données, cache d’onde, fichiers d’analyse, etc.) n’est pas particulièrement adapté à la philosophie des SAN (à l’exception de la version maison xSAN d’Apple), plus à l’aise avec les gros fichiers.

SAN

Construit autour d’un MDC (MetaData Controler) pour le contrôle des métadonnées (3) et d’un stockage performant, le plus souvent autour de disque SAS à 10 000 ou 15 000 tr/min.
Les stations et le contrôleur communiquent en Ethernet (1), tandis que les données vidéos transitent via les connexions Fibre Channel (2). Cette configuration implique d’équiper les stations de travail de cartes PCIe internes ou de boitiers externes de conversion (par exemple le SANlink de Promise, réalisant un pont FC vers Thunderbolt).

C’est à ce jour la solution la plus performante pour partager des ressources en post-production (xSAN, metaSAN, Avid ISIS, etc.), mais à un coût non négligeable. De plus, les systèmes SAN ont la réputation d’être très complexes à gérer et maintenir.

La nouveauté : le stockage partagé via THUNDERBOLT !

Le but de ces solutions Thunderbolt est d’offrir les performances de haut vol des systèmes SAN pour un coût réduit, notamment par l’absence des connexions en Fibre Channel. L’arrivée du Thunderbolt 2 (et bientôt 3) rend cette approche d’autant plus intéressante que les solutions Fibre Channel ou 10 Gigabit Ethernet restent coûteuses. Quelques solutions récemment sorties (par ordre d’intérêt personnel) :

  • LumaSHARE : une tour qui condense le stockage RAID, le switch réseau 1G ou 10G, et le contrôleur de métadonnées, avec la promesse d’un fonctionnement quasiment inaudible. Une démo lors du NAB a visiblement marquée les esprits. Le système repose sur le protocole NFS cité plus haut, et se veut donc optimisé pour FCP X.
  • Accusys A16T2 : 4 ports TB soit 4 stations (dont 1 contrôleur de metadonnées). Repose sur xSAN pour l’accès simultané de plusieurs clients à un même volume.
  • liste à suivre…
Schéma de la configuration LumaSHARE

L’illustration présente la configuration du LumaSHARE. Dans le cas de l’Accusys (4 ports TB), la tâche normalement dévolue au MDC peut tout à fait être gérée par l’une des stations de travail ; on peut donc véritablement avoir autant de stations de travail qu’il y a de ports Thunderbolt disponibles.

NB : l’article sera mis-à-jour lorsque les premiers retours-d’expérience de ces nouvelles solutions apparaîtront.

Répondre